Musée Paysages

Par Julien Revillon


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aysages et constructions — et démolitions — viennent enrichir le « musée » : les pages des origines et des portraits, ainsi que le « Who's who » des photographes cités. Plusieurs parties ici : d'abord des paysages du XIXe siècle, puis, de manière thématique, des empreintes laissées au gré de l'histoire.

La « galerie de paysages » accueille des vues urbaines essentiellement : des paysages qui ont changé depuis la prise de vue, au gré de démolitions, de constructions ou de réaménagements (Charles Marville, Louis Émile Durandelle). Elle accueille également des vues qui illustrent aussi d'autres aspects de la photo, comme le témoignage archéologique — par exemple avec Désiré Charnay au Mexique.

La Commune de Paris est une insurrection populaire qui a duré du 18 mars 1871 jusqu'à la « Semaine sanglante » du 21 au 28 mai 1871. De nombreuses photographies sont anonymes, mais on retrouve des photographes comme Eugène Disdéri, Pierre Ambroise Richebourg et surtout Alphonse Liébert.

La butte Montmartre a été aménagée à partir de 1875 : une loi du 24 juillet 1873, pour « expier les crimes des fédérés » de la Commune, a décidé de la construction de la basilique du Sacré-Cœur sur la butte Montmartre, là où avait commencé l'insurrection, le 18 mars 1871.

La Tour Eiffel a été inaugurée le 31 Mars 1889, après deux ans et deux mois de construction. Bâtiment le plus haut du monde construit pour l’Exposition Universelle de 1889, dont le thème était le centenaire de la Révolution Française, la « Tour de 300 mètres » devait célébrer le progrès des sciences et de la technique en France depuis 1789.







 














Après la Révolution française, les régimes qui se sont succédés tout au long du XIXe siècle, jusqu'à 1870 — Premier Empire (1804-1815), Restauration de la monarchie (1814-1830) puis monarchie de Juillet (1830-1848), et enfin Second Empire (1852-1870) — ont été des régimes autoritaires : la brève Deuxième République (1848-1852) s'est elle-même terminée par le coup d'État de Napoléon III.

La défaite face aux Prussiens, en 1870, a entraîné la chute du Second Empire. Fin janvier 1871, la capitale étant toujours assiégée, un armistice a été signé avec le chancelier Bismarck à Versailles. Le 8 février, des élections nationales hâtives ont envoyé 400 députés monarchistes à l'Assemblée, alors que les élus de Paris comptaient surtout des républicains soutenus par le peuple parisien, qui avait résisté à l'ennemi pendant quatre mois et subi la famine. Lorsque, le 18 mars, Adolphe Tiers, inquiet d'une menace de socialisme parisien, a voulu récupérer les canons entreposés à Belleville et à Montmartre, les troupes dont c'était la mission ont fraternisé avec les Parisiens. Des élections parisiennes, autonomes, ont désigné, le 26 mars, les 92 membres du Conseil de la Commune — des communes ont été proclamées dans d'autres villes comme Lyon, Saint-Étienne, Marseille, Narbonne, Toulouse, Le Creusot, Limoges, mais ont rapidement été réprimées.

Entre la fin mars et mai, les « Versaillais » de Thiers, soutenus par Bismarck, ont repris les positions assiégeant Paris. La « Semaine sanglante », du 21 au 28 mai, a mis un terme à la Commune avec l'entrée des troupes dans la capitale, suivie d'une répression impitoyable : entre 6000 et 20000 morts.

Les nombreuses destructions que l'on voit sont liées aux combats, aux tirs d'artillerie des deux camps (rue Royale, rue de Lille, boulevard Voltaire, place de la Bastille...), et aux incendies déclenchés par les communards (la palais des Tuileries, le palais de Justice, le Palais-Royal, le palais de la Légion d'Honneur...).

 














Le nom de la colline de Montmartre vient du « Mont des Martyres », en souvenir de la décapitation en 250 après J.-C. du premier évêque de Paris, Denys — le saint céphalophore se serait rendu après son supplice jusqu'au sommet de la butte.

La basilique du Sacré-Cœur, dite « du Vœu national », a été déclarée d'utilité publique par une loi votée le 24 juillet 1873 par l'Assemblée nationale de 1871, à 382 voix sur 734, pour s'inscrire dans un nouvel « ordre moral » et « expier les crimes » des communards — la loi a offert à l'archevêque de Paris la possibilité d'acquérir des terrains sur la colline par voie d'expropriation si nécessaire, et prévu que l'église « sera à perpétuité affectée à l'exercice public du culte catholique ».

L'architecte Paul Abadie a remporté le concours, et Honoré Daumet lui a succédé à sa mort en 1884, lui-même remplacé ensuite par Charles Laisné. La première pierre a été posée en 1875. L'intérieur de la nef a été inauguré en 1891, et le campanile terminé en 1912, puis la façade en 1914. Consacrée après la Première guerre mondiale, en 1919, la basilique a officiellement été achevée en 1923.

 














Présenté par Gustave Eiffel en 1885 et troisième gagnant du concours le projet l'année suivante, le projet de « Tour de 300 mètres » par les ingénieurs M. Koechlin et É. Nouguier a pris racine en janvier 1887 avec les premiers travaux des fondations. Esthétique et solidité de la tour ont rapidement attiré les critiques dans la presse ou parmi les riverains, qui ont intenté un procès à l'État. Des personnalités se sont mobilisées contre sa construction, comme en témoigne la lettre ouverte signée notamment par Joris-Karl Huysmans, Guy de Maupassant, Alexandre Dumas Fils ou encore Charles Garnier :

« Nous venons (...) amateurs passionnés de la beauté, jusqu’ici intacte, de Paris, protester (...) contre l’érection, en plein cœur de notre capitale, de l’inutile et monstrueuse Tour Eiffel. (...) Sans tomber dans l’exaltation du chauvinisme, nous avons le droit de proclamer bien haut que Paris est la ville sans rivale dans le monde. (...) L’âme de la France, créatrice de chefs-d’œuvre, resplendit parmi cette floraison auguste de pierres. L’Italie, l’Allemagne, les Flandres, si fières à juste titre de leur héritage artistique, ne possèdent rien qui soit comparable au nôtre, et de tous les coins de l’univers Paris attire les curiosités et les admirations. Allons-nous donc laisser profaner tout cela ? La ville de Paris va-t-elle donc s’associer plus longtemps aux baroques, aux mercantiles imaginations d’un constructeur de machines, pour s’enlaidir irréparablement et se déshonorer? Car la Tour Eiffel, dont la commerciale Amérique elle-même ne voudrait pas, c’est, n’en doutez point, le déshonneur de Paris. (...) Lorsque les étrangers viendront visiter notre Exposition, ils s’écrieront, étonnés : « Quoi ? C’est cette horreur que les Français ont trouvée pour nous donner une idée de leur goût si fort vanté ? » Et ils auront raison de se moquer de nous, parce que le Paris des gothiques sublimes, le Paris de Jean Goujon, de Germain Pilon, de Puget, de Rude, de Barye, etc., sera devenu le Paris de M. Eiffel. (…)»

(Journal Le Temps  du 14 février 1887)


À l’ouverture de l’Exposition Universelle, les ascenseurs ne fonctionnaient pas encore, ce qui n’a pas empêché près de 30 000 visiteurs de gravir chaque jour les 1710 marches de « l’odieuse colonne de tôle boulonnée ». La mairie de Paris, devenue propriétaire de la Tour après les vingt ans de concession de Gustave Eiffel, en a retardé la destruction, puis l'a définitivement abandonnée.