La saga Foca

Par Laurent Poggi


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ondée en 1919 par le duc Armand de Gramont, la Société O.P.L (Optique de Précision de Levallois) a vu naître, jusqu’à sa disparition en 1961, les appareils photo les plus emblématiques de l’hexagone. Le porte-drapeau de cette ingénieuse société a été le FOCA, dénommé ainsi en raison de la particularité de son obturateur focal et pour se positionner face au LEICA germanique.



Un fondateur charismatique

Armand de Gramont photographié par Nadar, et peint par Laszlo.

Né le 29 septembre 1879 à Paris, fils d’Agénor, duc de Gramont, et de la deuxième épouse de celui-ci, Marguerite de Rothschild, le jeune Armand de Gramont, après avoir obtenu en 1902 une licence ès-sciences, a établi en 1908 un laboratoire d’expériences d’aérodynamique dans le jardin d’une maison de retraite à Levallois (Hauts de Seine).

Au cours de la Première Guerre mondiale, Armand de Gramont a tour à tour été automobiliste, interprète pour l’armée anglaise, puis aviateur à la « Section Technique de l’Aéronautique ». En 1916, à la demande du Ministère de la Guerre, son laboratoire a été transformé en atelier de fabrication d’appareils optiques, spécialisé dans la fabrication de collimateurs de visée. Trois ans plus tard, la société OPL voyait le jour.














L'essor

En 1938, désireux d’étendre ses productions vers le civil, Armand de Gramont a fait construire une usine à Châteaudun (Eure et Loire). Située dans un parc de 15 hectares, cette usine de 8000 m2, au plus fort de son existence, rassemblait 700 techniciens et ouvriers, et était alors l’une des plus modernes de France. Mais la Seconde Guerre mondiale a mis un brusque frein à ses ambitions de conquête des marchés.


Vers la fin de la guerre, sous l’impulsion d’éminents spécialistes de l’optique, il a été décidé d’imaginer un appareil-photo de type 35mm haut-de-gamme doté d’une monture d’objectifs à vis, d’un obturateur à rideaux de toile horizontaux, d’un dos amovible, et d’un viseur télémétrique. Cet appareil-photo 100 % Français était donc usiné… à Châteaudun ! Élaboré tout d’abord clandestinement en 1942, le premier FOCA « deux étoiles » est sorti des usines OPL en 1945, la marque et le logo ayant été déposés dès 1944.



Jusqu’en 1961, les modèles de FOCA se sont fièrement succédé avec, entre autres, le FOCA Universel, le FOCA Marine, le FOCA Sport, et enfin le premier réflex français : le FOCAFLEX ! En 1964, OPL a fusionné avec SOM-BERTHIOT, pour devenir la société SOPELEM (Société d’Optique, de Précision Électronique et de Mécanique), opérant dans le domaine militaire. En 1992, celle-ci s’est renommée SOPELEM / SOFRETEC, puis SFIM ODS avant d’être rachetée en 2000 par la SAGEM.

Armand de Gramont, lui, s’est éteint le 2 août 1962 à l’âge de 82 ans. Grand ami de Marcel Proust et amateur de peinture, son portrait a été immortalisé par de nombreux artistes de l’époque, dont le photographe Paul Nadar en 1900, mais aussi par le peintre Philip Alexius de Laszlo en 1902.

Le duc de Gramont a laissé derrière lui un concept, une marque aujourd’hui très prisée des collectionneurs d’appareils photo, et le regret, l’amertume, la disparition d’un savoir-faire « à la française » dans un domaine dans lequel cette nation a été, jadis et pourtant aussi un jour, pionnière.


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Cellule sous la plaque relevée du Focaflex Automatic — Foca Sport.